"112 attentats à l'humeur publique"

Éditions Ag2Sap

240 pages, 650 photographies, format 29x29 cm, couleur,  39 euros. N° ISBN : 9782954169927

 

À propos

Ce livre compile les 112 interventions de rue du groupe depuis sa fondation fin 1983 jusqu'en août 2013. Un extrait de ces actions est présenté dans la galerie de la page d'accueil. (Del C-sqi)

 

 

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"Les Artistoïdes"

Les Artistoïdes sont les avatars graphiques des individus anonymes qui composent le collectif responsable d'attentats à l'humeur publique : ART112. Cette histoire est une pure fiction avec des morceaux de vrai à l'intérieur. (Brenn & C-sqi)

 

BD, 52 pages, format 21x29,7 cm, couleur, 13€90 + frais de port, N° ISBN : 9782954169903 

 

Lien



Entretien

Tout d’abord, Art112… C’est quoi ?

 

Un groupe qui agit dans le réel en le transformant. Qui fait de la rue son théâtre et pas du théâtre de rue. Qui donne corps aux mots qu'on lâche sans aller plus loin, qui s’efforce de faire de l'anti « y'a qu'a ».

 

Et pourquoi ce nom : Art112ism ?

 

Art112ism c'est un site. Le groupe c'est Art112 en un seul mot. Comme un terme générique, une formule, un slogan qui veut tout et rien dire. C'est unique et puis c'est tout ! Après le 7ème art, pourquoi pas le 112 ième ? Et 112ism pour un « ism » de plus et faire la nique. C'est ronflant, ça se la pète et on s'en moque ! « ism » c'est une boursouflure.

 

Vos œuvres, le plus souvent placées en extérieur, se posent généralement dans le paysage comme des incongruités frappantes et éphémères ; quel message entendez-vous faire passer par ce mode d’action ?

 

La réponse est dans la question. On opère sur le décalage sans être dupe de savoir qui écoute, regarde ou comprend. On appelle ça entre nous un « coup ». Tout est dit et instantanément tout s'oublie. Il meurt !

C'est du temps qui passe et ne subsiste que l'écume ; une photo bien vite jaunie. Nous ne faisons pas des “œuvres” puisque par définition dans la rue tout n'est que détritus. Nous nous manifestons ; un défilé du 14 juillet, une fête de la musique écrase l'autre. Mais il y a la mémoire et elle participe chaque jour à notre présent.

 

Le travail d’Art112 est toujours critique et satirique tout en ne manquant pas de garder une dimension comique même s’il s’agit d’humour noir, peut-on reconnaître ici une certaine marque caractéristique du groupe ?

 

Ce n’est que notre nature, nous penchons du côté où nous allons tomber. la synthèse est recevable, quoique le côté « amusant » soit une mise à distance, une protection. Les sujets sont graves et pesants, rien d'amusant dans le fond de nos thèmes. Au moins dit comme ça c'est abordable ! On peut échanger avec légèreté alors que souvent, à bien y regarder, ce ne sont que des horreurs.

 

Vous œuvrez dans des villes très différentes partout en France. Est-ce le lieu qui vous inspire, le hasard ou la symbolique de certains endroits qui vous amènent à y laisser une trace ?

 

Tout est partout. Peu importe. Parfois il nous faut une place, une rue ou une île... ou bien l'actualité nous impose un contexte. On ne parle pas de corrida à Tourcoing... mais pourquoi pas ? Ce qui prime c'est de faire où et quand il n'y a rien d'annoncé. Actes désespérés dans des lieux désaffectés au sens large du terme. Après, y a t-il trace ? Pour nous, a priori, toute ville est morte par nature (Oradour/Glane 1994) Les gens sont partout donc nulle part ! D’abord symbolique, très probablement, mais n’est-ce pas un des fondements de représentation artistique ?

 

Ce que vous faites est en général porteur de revendications et contestataire, je pense notamment à « Les Fenêtres » faites à Nantes le 24 mai 1987 et qui m’ont particulièrement frappée. Des expositions comme ça, dans la rue sont-elles un bon moyen de toucher les gens ?

 

La question de toucher les gens est périphérique. « Les gens » ce n'est pas une notion quantifiable. Nous ne savons pas ce que c'est. Tout est désert par définition et il ne faut rien attendre en retour. Nous sommes le petit Poucet qui sème des cailloux dans les graviers : seul celui qui cherche trouve un chemin. Faire des étincelles sans spéculer sur le brasier qu'elles peuvent ou non engendrer. Peut-être que ce qui est intéressant c'est juste de dire autrement. Se croire un activateur relève de la foi.

 

Avez-vous des références, des influences particulières ? “Les Feuilles” de Rouillac du 1er Mars 2003 me rappellent En attendant Godot de Beckett par exemple.

 

Notre parcours ne prend pas racine dans l'art et ne s'y aliène pas non plus. Notre travail c'est le décalage et non de développer un manuel de la culture pour les nuls. Changer la position du spectateur, le faire buter dans son périple quotidien : c’est diversifier les angles de lecture, multiplier les points de vue. Après tout il y a de la pensée dans les brèves de comptoir et donc citer des auteurs ne serait que faire classe ! Mais c’est vrai, enfants, nous étions lecteurs de PIF gadget...

 

De tout ce que j’ai pu voir d’Art112 je retiens le côté très coloré. Je suppose qu’il y a là une critique de la morosité et de l’aspect terne des villes. Est-ce aussi l’expression d’un enjeu qui consiste à tirer les passants de leurs quotidiens ?

 

La grande ville et ses espaces publicitaires est foncièrement criarde et chacun réagit ou non à la couleur selon sa subjectivité. La morosité est déjà en nous quelque soit le décor. Nos choix se font plutôt par élimination. Ici il nous semblera nécessaire que cela fasse tache, ailleurs d’autres enjeux inciteront à la discrétion. Notre premier défi n’est peut-être que la transformation de l’imaginaire en réel. Enfin la pratique nous démontre souvent, aussi, que le beau tue le message. Trop de contemplation et l’on n’a plus rien à dire !

 

Ces « souvenirs de passage » que vous laissez sont-ils plutôt bien acceptés et pérennes ou pas du tout ? Avez-vous déjà eu des soucis par rapport à ça ?

 

Des soucis ? Forcément ! Nous ne sacrifions rien pour être vendables et nous le payons par un déni des chapelles officielles. Notre vraie place est toujours à côté et donc on nous condamne à n'être rien, sinon répréhensibles. C'est de bonne guerre.

Est-ce que les forces de l'ordre sont un critère de qualité ? C'est la force publique qui régule, les spectateurs ne savent pas quoi dire ou faire. Il leur faut des barrières, des guichets, des médias rassurants aux annonces alléchantes. Nous passons outre les autorisations et ainsi usons de tolérances voire de « droits » qui sinon tomberaient en perdition. Oui, nous avons des réactions parfois vives, comment pourrait-il en être autrement... nous nous attaquons à l'humeur publique.

Parfois dix ans après, quelqu’un évoque une intervention qui lui avait provoqué une émotion particulière. Alors on sous estime souvent l’impact de ces images là.

 

Une anecdote, un souvenir à nous faire partager ?

 

100 coups, cent anecdotes !

Nous mettons en scène une pseudo Kaaba (1987) sur un giratoire ensanglanté face à une église. 30 jours plus tard, titre de la presse : 402 morts à La Mecque dans une bousculade. Nous évoquons les débuts du grand conflit religieux planétaire en général et le fait divers nous rattrape.

Angoisse du directeur de la banque à Niort (2009) qui convoque les services municipaux. « Il avait peur que les passants attaquent la banque à coup de tuiles en or que nous avions abandonnées devant sa vitrine » C'est dire les craintes suite à l'effondrement frauduleux des cours de l'économie occidentale.

 

Enfin, un petit conseil jardin pour nos lecteurs amis des fleurs ?

 

Laissez pousser quelques ronces sauvages dans votre jardin, c'est le prix à payer pour manger des mûres !

 

 

D'après le questionnaire d'une internaute : "La Contagieuse"